Ce que Ed McBain m’a appris sur l’écriture du roman noir — et comment ça a construit Maisonneuve et Montgomery

Ce que Ed McBain m’a appris sur l’écriture du roman noir — et comment ça a construit Maisonneuve et Montgomery

LES CARNETS NOIRS — Si vous lisez la Chronique noire de Maisonneuve et que vous trouvez quelque chose de familier dans la façon dont les enquêtes se déroulent — plusieurs personnages récurrents, une brigade soudée, des procédures policières détaillées, une ville qui vit sa propre vie — c’est parce que j’ai lu Ed McBain.

McBain — de son vrai nom Evan Hunter — a publié le premier roman de sa série du 87e District en 1956. Du balai !. Le dernier, Jouez violons !, est paru en 2005. Entre les deux : environ 55 romans, une ville fictive appelée Isola inspirée de New York, et une révolution tranquille dans l’histoire du roman policier.

Ce que McBain a inventé

Ce que McBain a inventé — ou du moins perfectionné — c’est le roman policier de procédure. Pas un héros solitaire et génial qui résout tout à lui seul. Une brigade. Des équipes. Des personnages qui évoluent d’un roman à l’autre, qui vieillissent, qui perdent des collègues, qui s’attachent les uns aux autres.

De même, la ville n’est pas un décor : c’est un personnage. Isola vit, respire, se transforme. Elle a ses quartiers riches et ses quartiers pauvres, ses saisons, ses cicatrices.

Ce modèle m’a inspiré. Et il a tout orienté ma façon de construire le décor de mes romans.

L’Unité des homicides : construire une brigade qui dure

Quand j’ai développé l’univers de la Chronique noire de Maisonneuve, le 87e District était un modèle évident. Mais je ne voulais pas juste reproduire l’idée. Je voulais comprendre la mécanique, m’en inspirer et la refaire à ma façon.

L’Unité des homicides du Service de police de la ville de Maisonneuve se compose de dix enquêteurs. Cinq équipes de binômes travaillant en rotation pour des périodes allant de dix à douze heures, à raison de deux équipes à la fois. L’une de ces équipes chevauche, en rotation, les deux périodes. Cette structure vise à assurer une disponibilité continue d’enquêteurs spécialisés. Ce n’est pas une invention romanesque. C’est une réalité opérationnelle que j’ai documentée et transposée dans Maisonneuve.

L’Unité est installée dans un bâtiment bien précis, situé à l’angle du boulevard de Maisonneuve et de la rue Saint-Mathieu. Un immeuble recouvert de pierres de taille grises, datant des années 1930, qui loge à la fois l’Unité des homicides et une caserne du service des incendies, dont l’entrée donne sur la façade de la rue Saint-Mathieu. Ce bâtiment, il existe et on peut aisément le visualiser lorsque des scènes s’y déroulent. Les lecteurs qui connaissent Montréal reconnaîtront quelque chose. Ceux qui ne la connaissent pas verront quand même l’immeuble puisque mon écriture est très visuelle.

C’est ça, le roman de procédure à la McBain : les détails concrets qui donnent l’impression que cette brigade existe vraiment. Que si vous marchiez dans Maisonneuve et tourniez au coin de cette rue, vous verriez la lumière allumée au deuxième étage.

La différence, c’est l’uchronie

McBain a simplement inventé une ville. Moi, j’ai pris une ville réelle — Maisonneuve — et je lui ai donné une histoire alternative. En 1918, dans la vraie histoire, Maisonneuve a été annexée par Montréal. Dans mes romans, c’est l’inverse. Ce choix me donne une liberté qu’un décor purement imaginaire n’aurait pas : des rues qui ont existé, des bâtiments que les lecteurs montréalais reconnaissent, une atmosphère historique précise, donc de véritables références, mais servies à ma manière.

Et Maisonneuve devient ainsi un personnage à part entière, comme Isola l’est chez McBain. Elle porte une mémoire, elle a ses propres cicatrices, ses quartiers qui changent d’une décennie à l’autre.

De Maisonneuve à Montgomery : le même ADN

Ce que McBain m’a appris a dépassé la Chronique noire de Maisonneuve.

Quand j’ai commencé à construire ma deuxième série — les Enquêtes criminelles de Louis Shamrock — j’ai appliqué exactement les mêmes principes. Une brigade. Des procédures. Une ville fictive habitée.

Le Bureau des crimes majeurs du service de police de Montgomery est installé au cinquième étage du quartier général de la police, rue Craighead, au cœur du Quartier des affaires. L’ensemble de l’équipe — Shamrock, Monroe, Glass, Vanier — se retrouve dans sa salle d’opération pour les affaires majeures. Cette salle, je la connais. Je sais comment la lumière entre par les fenêtres. Je sais ce qu’on voit de là-haut sur la rue.

Montgomery n’est pas Maisonneuve. Mais les deux villes partagent le même ADN : celui qu’Isola a transmis à des générations d’auteurs de polars depuis 1956.

Ce qui dure

Ed McBain est décédé en 2005. Sa série est continuellement en réimpression. Cinquante-cinq romans plus tard, Isola est plus vivante que jamais.

C’est la meilleure preuve qu’une ville fictive bien construite peut durer plus longtemps qu’une ville réelle.

Je l’espère pour Maisonneuve. Je l’espère pour Montgomery.

Et quelque part, j’espère que McBain aurait aimé ce que j’en ai fait.

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