Du Sentier des cimes à Fort-Beaulac : un tunnel forestier qui sent l’épouvante

Du Sentier des cimes à Fort-Beaulac : un tunnel forestier qui sent l’épouvante

LES CARNETS NOIRS — Samedi dernier, j’ai visité le Sentier des cimes Laurentides, près de Mont-Tremblant, et ce fut une expérience vraiment impressionnante.

Pour ceux qui ne connaissent pas l’endroit, il s’agit d’une tour d’observation de 40 mètres de hauteur, l’équivalent d’environ douze étages, érigée au cœur de la forêt laurentienne, à Mont-Blanc. On y accède par une longue passerelle de bois de plus d’un kilomètre, qui s’élève en pente douce à travers la cime des arbres. Pas d’escalier raide ni d’effort brusque : on monte tranquillement, et c’est la forêt qui change autour de soi. Au sommet, la vue à 360 degrés sur les Laurentides est surprenante et vaut vraiment le déplacement.

Le trajet pour m’y rendre depuis la région de Montréal, lui, m’a réservé une autre surprise. En raison du trafic sur l’autoroute, mon application Waze m’a dirigé vers des routes secondaires, et j’ai fait une partie du chemin en traversant des villages et des chemins bordés de forêts. Plus on avançait, plus les arbres colorés se resserraient de chaque côté de la chaussée, jusqu’à former une voûte. Et c’était très joli, mais un peu étouffant. Une image m’est alors revenue en tête : le décor de ma nouvelle Clap de fin pour Fort-Beaulac. J’y décris ainsi la route qu’emprunte le héros, Damien Manseau : « Il ne faut donc pas s’étonner, lorsqu’on l’emprunte, de se trouver plongé pour des kilomètres dans un véritable tunnel formé d’un peuplement dense de conifères. » Samedi, le décor était magnifique, composé cette fois-là d’érables, mais j’avais exactement cette impression de rouler dans un tunnel végétal.

Fort-Beaulac : un village qu’on a laissé là

Les lecteurs de mon blogue Les Carnets noirs savent que j’ai écrit quelques histoires d’épouvante, et que l’Halloween m’inspire toujours. Clap de fin pour Fort-Beaulac est l’une d’elles. Pour ceux qui ne la connaissent pas, en voici l’intrigue. Son héros, Damien Manseau, a 27 ans, anime une chaîne YouTube et rêve de gloire. Inspiré par la minisérie sur Tchernobyl et par la tragédie de Saint-Jean-Vianney, au Saguenay–Lac-Saint-Jean, ce village détruit par un glissement de terrain en 1971, il a une idée qu’il juge infaillible : tourner des vidéos « immersives » dans des villages abandonnés après une catastrophe. Au volant d’une ancienne voiture de police achetée aux enchères, il roule jusqu’à Fort-Beaulac, en Haute-Côte-Nord, où un affaissement de terrain a emporté en 1987 une partie du village et causé la mort de 23 personnes. Il s’imagine déjà les rues éventrées et les maisons encore jonchées d’objets de la vie courante, abandonnés dans la précipitation. Netflix lui fera sûrement signe, se dit-il. Mais rien, évidemment, ne se passera comme prévu.

Le chemin qu’il suit pour s’y rendre est bien réel : la route 138, le traversier entre Baie-Sainte-Catherine et Tadoussac, puis la route 385 Nord à partir de Forestville. Fort-Beaulac, lui, est le fruit de mon imagination. Ce qui m’intéressait, c’était l’idée d’un village figé après le départ de ses habitants, que la nature reprend peu à peu. Lorsqu’il parvient à destination, Damien n’est pas déçu. « Bien que la nature ait pris ses aises, des vestiges de l’ancien village sont toujours bien visibles et Damien est confronté à un spectacle de désolation et de ruines. Plusieurs bâtiments sont encore debout. […] Ils tiennent visiblement de peine sur leurs fondations et tout comme la rue et les vieux trottoirs […], ils sont peu à peu recouverts par la végétation. »

Une histoire sur mesure à l’approche de l’Halloween

L’épouvante, ce n’est pas seulement le monstre qui surgit : c’est le malaise qui s’installe quand un lieu familier devient étrange. Une route que l’on suit en toute confiance, un village qui devrait être vide, un jeune homme sûr de lui qui filme tout, jusqu’à ce que l’objectif capte autre chose que ce qu’il cherchait. C’est le genre d’histoire qui se savoure spécialement en octobre, quand les journées raccourcissent et que l’Halloween approche.

Sur Babelio, une lectrice du nom d’Adeline Rogeaux a écrit que ma nouvelle était une histoire qui « se lit d’une traite, sans récupérer son souffle ». Elle y a vu l’ouverture idéale du recueil : un jeune homme qui part filmer un village abandonné, comme dans les vidéos d’urbex qu’on regarde tous, et qui y fait des rencontres au climat pesant, mystérieux et dérangeant. Elle notait aussi que les premiers paragraphes, qui décrivent le trajet un peu comme un GPS, pouvaient laisser souffler le lecteur, mais qu’ils étaient nécessaires pour sentir la route que parcourt Damien. Voir cette route, peut-être la dernière de sa vie, installait selon elle l’inéluctable et le suspense, comme les dernières secondes avant de fermer les yeux. Visiblement, parfois, le trajet fait partie de l’histoire.

Si cette atmosphère vous donne envie de vous perdre dans cette ambiance qui rend la période de l’Halloween si unique, je vous attends à deux rendez-vous littéraires. En octobre, il n’y a pas de meilleur moment pour fouiller les tables de livres, rencontrer des auteurs et repartir avec de quoi alimenter les soirées pluvieuses.

🗓️ Samedi 17 octobre, de 10 h à 17 h : Salon littéraire de l’horreur et du fantastique
Centre Roussin, salle Raymond-Mayer (R-57), 12125, rue Notre-Dame Est, à Pointe-aux-Trembles.
Une journée entière consacrée aux littératures de l’ombre : l’endroit rêvé pour dénicher une nouvelle voix de l’horreur québécoise et discuter avec des gens qui aiment avoir peur.

🗓️ Samedi 24 octobre, de 10 h à 17 h : Maléfiction, festival littéraire et marché d’Halloween
Centre Multisport de Vaudreuil-Dorion, 3093, boulevard de la Gare.
À une semaine de l’Halloween, un festival littéraire doublé d’un marché : on y vient pour les livres, on y reste pour l’ambiance.

Tous les détails pour venir m’y rendre visite se trouvent sur la page Événements de mon site web.

Samedi dernier, mon périple dans les Laurentides m’aura offert deux perspectives opposées. Du haut de la tour, à 40 mètres au-dessus du sol, la forêt automnale s’ouvrait à perte de vue et on y voyait tout, très loin. Sur les petites routes, quelques kilomètres plus tôt, elle se refermait de chaque côté et à certains moment, on ne voyait plus que la prochaine courbe. C’est un peu la différence entre un lieu touristique et une histoire d’épouvante : l’un vous montre l’horizon, l’autre vous enfonce dans le tunnel, sans vous dire ce qui vous attend au bout.

Damien Manseau, le héros de Clap de fin pour Fort-Beaulac, a choisi de s’engager sur le chemin forestier sans se douter de ce qu’il y trouverait. À vous maintenant de choisir votre route. Et si elle vous mène près de Pointe-aux-Trembles ou de Vaudreuil-Dorion ces deux prochains samedis, arrêtez me dire bonjour !

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