Les Panama Papers ont 10 ans. Ce scandale a nourri la trame de mon roman Angoisses et vertiges au Mexique

Les Panama Papers ont 10 ans. Ce scandale a nourri la trame de mon roman Angoisses et vertiges au Mexique

LES CARNETS NOIRS — Le 3 avril 2016, le monde découvrait les Panama Papers. C’est ce jour-là que les premiers articles sur le sujet ont été publiés.

Il y a quelques jours, le 9 mai, cela faisait exactement dix ans que le Consortium international des journalistes d’investigation (ICIJ) mettait en ligne le registre dévoilant au grand public plus de 200 000 sociétés-écrans et particuliers impliqués dans des montages offshore à travers la planète.

Dix ans. Et le sujet est toujours aussi brûlant. Vous pouvez d’ailleurs consulter l’historique complet de cette affaire, ainsi que la base de données des personnalités impliquées et lire les différentes enquêtes sur le site officiel du Consortium international des journalistes d’investigation (ICIJ)

Ce que je vois comme journaliste

Je suis rédacteur en chef d’une publication destinée aux professionnels de l’industrie financière. Les Panama Papers, et les scandales financiers qui les ont précédés et suivis font partie de la réalité que je vois professionnellement depuis des années. C’est Finance et Investissement qui a révélé le scandale Norbourg en 2005, soit près de dix ans avant mon arrivée.

De même, le scandale lié à Tony Accurso, aux villes de Terrebonne et Mascouche, a marqué le Québec par ses révélations de corruption, de collusion et de financement politique illégal dans le milieu municipal et de la construction. Une affaire largement exposée avec les travaux de la Commission Charbonneau à partir de 2011. À cette époque, j’étais rédacteur en chef du journal local de ce secteur de la région de Lanaudière. Je me trouvais aux premières loges pour observer et écrire sur cette période particulièrement intense de l’actualité locale qui a interpellé tout le Québec. Une réalité qui inspire et colore partiellement la trame de ma série policière La Chronique noire de Maisonneuve.

Il faut néanmoins espérer qu’il n’y aura plus d’histoires comme ces deux scandales à dénoncer et couvrir.

En début d’année 2026, j’ai complété une formation de l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime (UNODC) intitulée Élaboration et mise en œuvre de politiques et procédures visant à renforcer les enquêtes financières. Une formation qui plonge au cœur des mécanismes de la criminalité financière organisée — les mêmes mécanismes que les Panama Papers ont mis en lumière pour le grand public.

Ce n’est pas par hasard que j’ai suivi cette formation. C’est parce que ce terrain m’intéresse, professionnellement, et littérairement. Et parce que mon roman Angoisses et vertiges au Mexique était déjà écrit, et que je voulais comprendre encore mieux les mécanismes que j’y ai évoqués.

La fraude financière : une couleur, pas le sujet

Voici ce qu’il faut comprendre sur l’intrigue de mon roman, et ce que les Panama Papers y ont vraiment apporté. La fraude financière n’est pas le cœur du roman. Elle en est la couleur de départ, le détonateur. L’élément qui met tout en mouvement.

Les documents des Panama Papers ont été fournis par un lanceur d’alerte anonyme, connu seulement sous le pseudonyme de John Doe, au quotidien allemand Süddeutsche Zeitung en 2015, avant d’être partagés avec des journalistes dans plus de 80 pays par l’intermédiaire de l’ICIJ.

Un lanceur d’alerte, anonyme, qui prend un risque immense pour révéler quelque chose que des puissants auraient préféré voir rester dans l’ombre.

Ce personnage, le lanceur d’alerte en fuite, celui qui en sait trop et qui le paie, m’a fourni la trame initiale de mon roman. Dans Angoisses et vertiges au Mexique, c’est un banquier panaméen qui a divulgué des informations sur un stratagème financier d’une ampleur similaire aux Panama Papers. Qui a dénoncé ce qu’il savait. Et qui comprend très vite que sa seule chance de survie est de disparaître dans le flux des migrants clandestins vers les États-Unis, là où l’Internal Revenue Service (IRS) américain lui a assuré un sauf-conduit juridique.

Il emprunte cette route immensément hasardeuse et dangereuse parce que c’est la seule que personne ne peut surveiller.

C’est là que le roman bascule. Et c’est là que commence la vraie histoire.

Ce que le roman raconte vraiment : l’immersion dans les routes clandestines

Victor Carpentier, rédacteur en chef d’un puissant magazine, convoque ses deux meilleurs journalistes : Justina Barroso et Patrick Turcotte. En apparence : un reportage sur la migration clandestine vers les États-Unis. En réalité : suivre les traces d’un lanceur d’alerte en fuite sur cette même route.

Justina et Patrick s’engagent donc dans le circuit migratoire clandestin. Ils se retrouvent sur le Tren de la muerte. Dans les mains de policiers corrompus. Ils traversent des routes où la violence n’est pas l’exception. Elle est le système.

C’est là que le roman devient quelque chose d’autre qu’un thriller financier. C’est là qu’il devient émotivement difficile à lire.

Angoisses et vertiges au Mexique est un roman pour lecteurs avertis. Les scènes sont dures. L’immersion dans l’univers de la migration clandestine est totale et dépaysante, au sens le plus brutal du terme. Le lecteur y découvre un système violent et inhumain, dans lequel les migrants peuvent subir les plus terribles sévices.

Je tiens à être clair sur un point. Ce roman ne prétend d’aucune manière dépeindre la réalité que vivent les migrants illégaux, leurs motivations, ni leur ressenti face aux situations auxquelles ils sont confrontés dans leur parcours. C’est une fiction. Justina et Patrick sont des journalistes québécois, pas des migrants. Leur regard sur cette réalité est celui d’observateurs plongés malgré eux dans quelque chose qui les dépasse.

Mais les scènes de sévices, d’agressions et de violence décrites dans le roman s’appuient sur des sources documentées. Des témoignages de migrants rapportés dans des rapports d’Amnesty International, de Human Rights Watch, de Médecins sans frontières, et de l’ONUDC. Comme journaliste financier habitué à travailler avec des sources primaires et des données vérifiées, je n’ai pas inventé la violence du roman. Je l’ai documentée avant de la fictionnaliser.

Un roman écrit avant la montée de l’ICE, mais déjà ancré dans une réalité connue

Angoisses et vertiges au Mexique a été écrit avant la montée en puissance de l’ICE et la polarisation extrême que la question de l’immigration clandestine a connue depuis. Mais la réalité des caravanes de migrants remontant vers le nord, des réseaux clandestins, de la violence systémique sur les routes de la migration, tout ça était déjà bien documenté. Déjà bien réel. Déjà suffisamment grave pour mériter qu’on en parle.

L’actualité n’a fait que confirmer ce que les rapports d’organisations humanitaires décrivaient depuis des années. Et ce que mon roman tentait de mettre en fiction, imparfaitement, avec toutes les limites que comporte l’exercice, avant que les manchettes ne rattrapent la réalité.

Les thèmes qui me sont proches

Il y a quelque chose de particulier à écrire un roman dont les thèmes recoupent directement votre vie professionnelle.

La finance offshore. Les lanceurs d’alerte. Le journalisme d’investigation. Les mécanismes par lesquels des fortunes immenses échappent à toute forme de contrôle public. Et la violence structurelle que subissent des populations entières pendant que ces fortunes circulent librement d’un paradis fiscal à l’autre.

L’enquête des Panama Papers a été menée par plus de 370 journalistes issus de 109 rédactions basées dans 76 pays. Elle a non seulement mis au jour des cas individuels, mais révélé des failles systémiques, marquant un tournant majeur dans la réforme de la réglementation financière mondiale. Et pourtant, dix ans plus tard, les mêmes mécanismes existent encore. Sous d’autres noms. Dans d’autres cabinets. Avec d’autres acteurs.

C’est ce monde-là que j’ai voulu mettre en fiction. Pas les Panama Papers eux-mêmes. Ce qui vient après.

Le 12 avril : déjà un an

Le 12 avril 2026 marquait le premier anniversaire de la parution de mon roman Angoisses et vertiges au Mexique. Un an pendant lequel les lecteurs l’ont unanimement salué sur des plateformes de lecteurs comme Babelio, Amazon et Goodreads, en inscrivant des cinq étoiles. Et je dois avouer que je suis encore étonné par cet accueil exceptionnel réservé à mon roman. Voir des lecteurs du Québec, mais aussi d’Europe et des États-Unis, prendre le temps de lire, commenter et recommander Angoisses et vertiges au Mexique m’a touché énormément. Merci sincèrement à tous ceux et celles qui ont embarqué dans cette aventure au cours de cette première année du livre.

Et pendant cette année, les actualités n’ont cessé de confirmer que les thèmes du roman n’allaient pas en s’effaçant. Les scandales financiers offshore continuent. Les lanceurs d’alerte prennent toujours des risques immenses. Et sur les routes de la migration, la violence, elle aussi, continue.

Angoisses et vertiges au Mexique est un thriller haletant et brutal qui ne vous laisse pas respirer. Il vient de dix ans de Panama Papers, de rapports humanitaires qu’on préférerait ne pas avoir à lire, et de plus de vingt-cinq ans de pratique du journalisme.

Il vient de la conviction que la fiction peut aller là où le reportage ne peut pas toujours suivre.

Crédit photo : Cette image provient de Pixabay et a été publiée sous la licence Creative Commons CC0 1.0 Universal (domaine public).

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